Dissertation sur Jacques Brel:
Dissertation sur Jacques Brel:

Ci-dessous, vous trouvez une dissertation sur Jacques Brel, entitulée: « Jacques Brel: Vie et Oeuvre ». Amusez-vous avec la lecture!

En dépit des multiples (r)évolutions musicales, la chanson française reste pour une grande majorité de la population française de loin le genre le plus populaire. Bien que les Français ayent la réputation d’être assez chauvins, ils ont couronné un étranger, un Belge, comme étant « roi de la chanson française ». Ou l’on suggère que la Belgique soit une province de la France, ou Jacques Brel doit être vraiment incontournable. Cette dissertation tentera de prouver cette deuxième assertion en se focalisant sur la vie et l’oeuvre de ce chansonnier célèbre.

Jacques (Jacky) Brel est né à Bruxelles en 1929 dans une famille d’origine flamande, qui, pourtant, a toujours été francophone. Destiné à une carrière dans l’entreprise paternelle, son école est un échec. Farceur, paresseux, rêveur, il doit doubler plusiers années. Il hait avant tout le néerlandais, qui « n’est pas une langue, mais un rhume ». Son français, par contre, est excellent, surtout les exposés, quoique l’orthographe soit assez mauvais. Il trouve d’ailleurs que l’éducation ne tient pas du tout compte de la créativité des enfants: lui-même, il composera plusieurs journaux, fera du théâtre, chantera des chansonnettes…

Il grandit à Bruxelles, la grise capitale de la Belgique, où il ne s’amuse guère (cf. mon enfance). Plus tard, il reprochera à ses parents de ne jamais avoir eu une jeunesse heureuse. En outre, la seconde guerre mondiale l’oblige à devenir adulte trop tôt. Les multiples voyages à la côte belge, pendant lesquels il commence à aimer la Flandre, ce pays qui est le sien, constituent les moments les plus heureux de son enfance. Plus tard, il développera une attitude ambigüe envers sa « patrie »: il en chantera l’éloge dans Le plat pays et Marieke, mais en même temps, il écrira des chansons comme La…la…la…, Les Flamandes et Les F…, qui seront même censurés pour leur critique (trop) directe. Todd écrit à ce propos que Brel déteste amoureusement la Flandre.

Après la guerre, en 1948, il entre dans l’armée. Pendant son service militaire, il rencontre Thérèse Michielsen (Miche). Les deux vont s’engager et marieront en 1950. Après avoir quitté l’armée, il lance la carrière que veut son père et devient représentant dans l’entreprise de carton familiale. Il vit avec Miche dans une demeure modeste à Bruxelles. La première de leurs trois filles sera née en 1951. Les dimanches, il joue parfois de la guitare pour des amis invités, un loisir qu’il avait déjà pratiqué dans le choeur de son école et dans le mouvement de jeunesse.
Pourtant, Brel ne veut pas être un « chanteur des dimanches ». Il fréquente des cafés en Bruxelles pour y donner des petits concerts, mais il ne réussit pas (encore) à enthousiasmer son audience. Toujours à la recherche de succès, il abandonne son travail et part pour Paris. Sa femme le laisse partir, prétendant qu’il vaut mieux ça qu’un mari qui vieillirait trop vite d’ennui. Au début, Brel ne trouve pas plus de succès à Paris qu’à Bruxelles: il fait des concerts dans quelques cafés, mais les Français se moquent de son accent et de ses gestes bizarres. Dans les Trois-Baudets de Jacques Canetti, il fait connaissance avec Gilbert Bécaud, George Brassens, Yves Montand, mais ceux-ci ne s’intéressent guère à ce « petit Belge »…

Il réussit tout de même à faire enregistrer quelques chansons, sous le nom de Bérel (anagramme de rebel), car son père ne veut pas d’artistes dans sa famille. Brel est résolu à faire son chemin: à force d’efforts incroyables, il remporte quelques petits succès sous son propre nom maintenant, contre le gré de son père. Lentement, on commence à reconnaître son talent. En 1956, il conaît son premier moment de gloire avec Quand on n’a que l’amour. À partir de ce moment, son prestige ne cessera plus de grandir. Sa vie devient voyages, musique, femmes, alcool et 4 à 5 paquets de gauloises par jour. Il vit ses seuls moment de repos chez sa femme et ses filles à Bruxelles, qu’il ne fréquente pourtant pas du tout.

Jacques Brel obtient enfin la renommée internationale méritée. Il donne aussi bien des concerts dans le Carnegie Hall à New York, qu’en Finlande ou qu’en Russie, où il jouera pour tout un corps de diplomates en 1964. Le monde approuve un énorme respect pour le Grand Jacques. Beaucoup de chanteurs essaient de suivre son exemple, comme p.ex. Boudewijn de Groot dans les Pays-Bas. D’autres traduisent ses chansons: Will Ferdy et Liesbeth List interpréteront ses chansons en néerlandais, tandis que Elly Stone fera le même chose en anglais avec un succès mondial.

En 1966, soudain, il décide de mettre fin à sa carrière musicale. Il fait encore un tournée, qui le mènera une fois de plus dans les plus grandes salles du monde entier, avant de donner son dernier concert à Roubaix en 1967. D’après Brel, les concerts étaient en train de devenir des automatismes pour lui, il ne les vivait plus vraiment, ce qui le poussait à se retirer. D’après ses amis pourtant, sa retraite musicale était due aux problèmes de santé. Il avait déjà eu plusieurs crises de foie et s’il continuait à donner des concerts, il pourrait y succomber. Johan Anthierens affirme la thèse de Brel même, prétendant que Brel, étant un utopiste et un rêveur, cherche toujours de nouveaux défis à réaliser. Ayant atteint le possible dans le monde musical, il décide de le quitter et d’aller au bouts de ses autres rêves.

Après sa carrière musicale, il est donc à la recherche de nouveaux horizons, bien qu’il continue à enregistrer et à réenregistrer des chansons. Il interprétera des rôles dans plusieurs pièces de théâtre, sera acteur dans plusiers films et réalisera aussi lui-même quelques films. Il concrétise encore d’autres rêves en devenant pilote et voilier. Mais ses problèmes de santé ne disparaîtront plus: en 1969, on constate du cancer pulmonaire. Brel dit à ce moment: « Tout est relatif. Fumer et boire, tout ça peut être mauvais pour la santé, mais la vie-même n’est pas bonne pour la santé. Il n’y a rien qui détruit tant la vie d’un humain que la vie-même. Je n’ai pas peur de la mort. Mais j’ai peur de ne plus être là. Laisse-moi mourir, ça a été bien et je n’ai pas envie de passer ma vie comme un malade. » Les soins médicaux réussissent encore à arrêter ses maladies pour quelque temps.

En 1971, il fait connaissance avec Maddly Bamy, une beauté exotique, originale de Guadeloupe. Il aura une liaison avec elle jusqu’à sa mort. Miche et Brel décident tout de même de ne pas se divorcer. En 1974, sa santé se détériore encore et les médecins sont obligés à enlever un poumon. Après cette opération, Brel et sa maîtresse décident d’aller vivre sur les Îles Marquises (Hiva-Oa). Là-bas, il veut passer tranquillement les dernières années de sa vie turbulente, loin du monde, loin de la vie d’autrefois. Ainsi, la séparation avec sa femme et ses filles sera totale, il n’y aura plus de contact entre eux.

Contre toute attente, il revient en 1977 à Paris pour enregistrer un dernier disque, qu’il chantera désormais avec un seul poumon. B.R.E.L. sera le disque le plus attendu de l’histoire de la chanson française et ne décevra pas. Sur ce disque se trouvent plusieurs fameuses chansons. D’abord Jojo, dédié à son ami intime, Georges Pasquier, qui venait de mourir. Brel, conscient de sa propre mort imminente, chante à son camarade: « Heureux de savoir que je te viens déjà ». Dans Vieillir, il admet sa peur pour cette mort. Orly a la réputation d’être une des plus belles chansons d’amour françaises, tandis que Les F… est une critique amère contre les flamingants qui provoquera un grand scandale en Belgique. Ce disque sera le testament musical de Brel, rassemblant tous les thèmes de son oeuvre (cf.infra).

Après un court séjour aux Îles Marquises, il est obligé de retourner à Paris pour subir une nouvelle thérapie. Pendant une opération, le plus grand chansonnier meurt le 9 octobre 1978. Ses derniers mots seraient Ne m’oubliez pas trop vite, mais on n’oublie rien, on s’habitue, c’est tout. En France, le ministre de Culture réagit immédiatement: Brel n’est pas mort, sa musique vit. Mittérand, pas encore président, le suivra peu après. En enterrant Brel sur Hiva Oa, presqu’à côté de Paul Gauguin, on réalise son dernier voeu. Six ans après sa mort, les lecteurs de Paris Match l’éluent meilleur chansonnier de tous les temps. Une année plus tard, 40% des lecteurs de la Magazine Lire le choississent comme la personne qu’ils désiraient être leur père. En 1989, la ville de Bruges fait construire une statue à son honneur, représentant Marieke, protagoniste de la chanson qui porte le même nom. En 1998, on organise toute une série d’hommages pour la vingtième anniversaire de sa mort. Si on se rend compte que, de nos jours, Ne me quitte pas a déjà été imité par 200 chanteurs professionnels différents, il est bien clair que Brel n’est pas oublié.

Jacques Brel nous a laissé 192 chansons, dont les textes sont unis dans un livre rédigé par la Fondation Internationale Jacques Brel (cf. bibliographie). Toutes les chansons de Brel ont une unité de ton, une cohérence et une harmonie interne qui exercent une force de séduction sur nous. Elles se distinguent particulièrement par leur science de texte. Dans tout son oeuvre, il y a, au mieux, une dizaine de chansons d’une curieuse confusion, où la musique l’emporte sur les mots. Pour Brel, la musique ne tient pas sans les mots. Musique et paroles sont complémentaires et inséparables.

Les atouts majeurs des textes de Brel sont l’absence d’herméneutisme, le vocabulaire limpide et le syntaxe directe, presque parlé. Les jeux de motss, qui apparaissent partout dans ses chansons fonctionnent essentiellement sur les principes des oppositions binaires (p.ex. le noir et le blanc) et sur une certaine prédilection pour les néologismes. Il travaille longtemps sur un texte pour y mettre des rimes solides et une certaine métrique, mais jamais aussi stricte que Brassens. Péjorativement, on pourrait dire que c’est de la « poésie à bon marché ».
Sur le plan thématique, on trouve plusieurs constantes; thème fréquent avant tout semble l’amitié. Plusieurs chansons ont rendu immortels ses amis, p.ex. JojoJef, Mathilde… Brel est en effet un « homme des hommes », il cherche à être camarade avec tous. Sa relation envers les femmes est beaucoup plus ambigüe: parfois il les idolâtre, mais bien plus souvent il les traite sans le moindre respect. Dans Les filles et les chiens, il prétend que les chiens valent mieux que les femmes, dans Ne me quitte pas, il veut même être l’ombre d’un chien pour être près de sa flamme. Autre chose frappante est que Brel a déclaré dans un interview de ne jamias avoir écrit une seule chanson sur l’amour. Peut-être que l’on doit interpréter l’amour de Brel comme un amour charnel, réaliste et réalisé, car dans plusieurs textes on retrouve un amour idéalisé qui va évoluer graduellement vers un amour misogyne (Les biches, le lion).

Autre constante dans son oeuvre est l’anticonformisme: il condamne la mesquinerie des flamingants (cf.supra), critique la religion, défend un homme politique socialiste assassiné (Jaurès), attaque les bourgeois (les bourgeois)… Avec Amsterdam, il fait renaître lui-seul la chanson de marin, un genre qui connaîtra un succès mondial. Aux Pays-Bas, Boudewijn de Groot (De noordzee) suivra son exemple. En général, on peut dire que Brel est assez pessimiste dans ses textes, qui sont pour lui une compensation des désillusions qu’il a vécues. Ses mots sont des maux.

Ce qui distingue Brel de tous les autres chanteurs, ce qui le rend peut-être meilleur que les autres chansonniers, c’étaient ses concerts. Il est surtout fameux pour ses gestes, qui rappellent souvent l’art de mime. Ses gestes, qui étaient minutieusement préparés, ont apporté une nouvelle dimension à ses chansons. Il ne se contente pas simplement de chanter mais veut exprime les thèmes et les images avec tout son corps, plein d’honnêteté et de sincérité. Ceux qui ont vu un concert ne l’oublieront plus jamais. Brel dit à ce propos: « La chanson est le genre le plus franc, car dans la chanson il n’est pas possible de mentir. » Une curiosité est qu’il déteste recevoir des prix, prétendant que les prix surexposent la mérite de quelqu’un. Un employé de banque travaille aussi dur qu’un chanteur, mais il ne reçoit rien. Peut-être que ses sympathies gauchistes sont à l’origine de cette attitude.
Son grand succès est selon lui-même pas tellement une question de talent, mais plutôt d’envie de faire quelque chose, de labeur. Faire des chansons n’est pas une vocation pour lui, c’est un travail comme un autre. Il ne faut pas du talent, mais « discipline, sueur et transpiration ». Selon les critiques par contre, son succès est explicalbe par trois facteurs majeures: l’accessibilité de ses textes, sa musique divine qui forme une unité avec ce texte et sa performance énergique sur les planches.

La chanson française atteindra avec Jacques Brel une véritable apogée. Accompagné d’autres grands chansonniers comme Brassens, Bécaud, Aznavour, Montand…, Brel sera désormais le chef de fil, sa prestige mondiale. À partir de 1962, il figure déjà dans les manuels scolaires français. Son influence sur la chanson postérieure est accablante, et il a ouvert la porte pour beaucoup d’autres chansonniers étrangers qui sont venus après lui.

À côté du chansonnier, on admire aussi la personne, qui a fait de sa vie une quête constante, afin de réaliser parfois des rêves irréalisables. Mais Brel n’est pas du tout le saint qu’on fait de lui actuellement: il n’a jamais eu le moindre respect ni pour sa femme ni pour ses filles ni pour les femmes en général. Brel est un homme d’extrêmes: avec lui, il faut prendre le bon et le mauvais, ce qu’on n’a pas toujours compris pendant sa vie turbulente. Bref, en 2001, Brel est plus actuel que jamais, réalisant ainsi sa quête ultime: l’immortalité, la victoire sur la mort.